
Notre dévoué serviteur et Premier
Ministre, Monsieur Abderrahmane Youssoufi, que Dieu
te protège et sur la bonne voie guide tes
pas,
1- ainsi que tu le sais, nous avons
exprimé, à plusieurs reprises, notre
volonté de promouvoir l'investissement, notamment
les projets des petites et moyennes entreprises,
de l'artisanat, du tourisme, de l'habitat, des secteurs
industriels et agro-industriels, et miniers qui
sont créateurs d'emplois et de richesses,
promoteurs de développement et facteurs du
renforcement des capacités productives et
d'épargne de notre jeunesse et des couches
moyennes qui ambitionnent légitimement d'accéder
à plus de progrès, de responsabilité
et d'épanouissement.
1.1 Ainsi, nous avions précisé
dans le discours que nous avions prononcé
à l'occasion de l'ouverture de la session
parlementaire au mois d'octobre 2000, l'intérêt
de créer un guichet unique au niveau de chaque
région... et de fixer un délai raisonnable
et rapproché... pour statuer sur les dossiers
des projets d'investissement.
1.2 En effet, notre attention a
souvent été appelée sur les
difficultés que rencontrent les promoteurs
en raison des formalités nombreuses et complexes
exigées pur la constitution de sociétés
ou d'entreprises individuelles et l'aboutissement
des procédures administratives nécessaires
à l'acte d'investir.
1.3 Ces procédures légales
ou réglementaires sont souvent nécessaires,
car la liberté d'entreprendre -consacrée
par la Constitution- exige un cadre juridique contraignant,
seul à même de rassurer l'investisseur
et de garantir la sécurité et l'égalité
de tous devant la loi, ainsi que la mise en jeu
d'une concurrence saine et loyale. Néanmoins,
ces procédures doivent être allégées
et leur mise en œuvre doit s'effectuer au plus près
des investisseurs.
1.4 A cette fin, et dans le respect
d'une démarche progressive, réaliste,
prenant en considération l'absolue nécessité
de ne proposer que des réformes crédibles
et efficaces, nous estimons que le cadre régional
peut être la dimension territoriale et administrative
la plus opportune, compte tenu des moyens dont dispose
actuellement notre administration territoriale,
pour résoudre les problèmes liés
aux procédures d'investissement.
2. Cette démarche s'inscrit,
par ailleurs, dans la cohérence de notre
conception renouvelée du concept d'autorité
au service de la promotion de l'investissement,
outil privilégié de la croissance.
2.1 Depuis que nous avons annoncé
ce nouveau concept, nous avons relevé avec
intérêt les efforts de notre administration,
et tout particulièrement, celle en charge
des affaires intérieures de notre Royaume,
pour donner un contenu concret à ce concept.
2.2 Il nous appartient et nous
plaît aujourd'hui, par la grâce de Dieu,
de t'adresser cette lettre aux fins d'étendre
et de concrétiser, dans un domaine essentiel
du développement économique et social,
notre vision du rôle de l'autorité
au service du citoyen.
2.3 Nous entendons également
que l'approche que nous décrivons dans cette
lettre soit considérée comme une illustration
des méthodes de réforme de l'administration,
réforme qui suppose une appréciation
nouvelle des objectifs que doit poursuivre l'appareil
administratif, concomitamment avec une réforme
des procédures qu'il utilise et une adaptation
des formations et des expériences de ceux
qui sont en charge de ses procédures.
3. Pour ces considérations,
nous avons décidé qu'il sera créé,
sous la responsabilité des walis de région
de Notre Majesté, des centres régionaux
d'investissement, ayant deux fonctions essentielles
: l'aide à la création d'entreprises
et l'aide aux investisseurs, et donc composés
de deux guichets.
3.1 Le guichet d'aide à
la création d'entreprises est l'interlocuteur
unique de toutes les personnes qui veulent créer
une entreprise, quelle qu'en soit la forme, et qui
souhaiteront avoir recours à ce service.
Ce guichet pourra disposer d'annexes au niveau provincial,
préfectoral ou communal, selon besoins et
selon moyens. Son personnel met à la disposition
des demandeurs un formulaire unique dans lequel
figurent tous les renseignements exigés par
la législation ou la réglementation
pour la création de l'entreprise.
3.1.1 Ce personnel accomplit toutes
les démarches nécessaires pour recueillir,
auprès des administrations compétentes,
les documents ou attestations exigés par
la législation ou la réglementation,
et qui sont nécessaires à la création
d'une société. Dans un délai
déterminé par le wali, il met le demandeur
en possession des pièces justificatives délivrées
par les administrations établissant l'existence
de l'entreprise.
3.2. Le second guichet, guichet
d'aide aux investisseurs:
- procure aux investisseurs toutes les informations
utiles pour l'investissement régional
- étudie toutes les demandes d'autorisations
administratives ou prépare tous les actes
administratifs, nécessaires à la réalisation
des projets d'investissement dans des secteurs industriels,
agro-industriels, miniers, touristiques, artisanaux
et d'habitat, lorsqu'il s'agit d'investissements
dont le montant est inférieur à 200
millions de dh, et ce, afin de permettre au wali
de région de délivrer les autorisations
ou de signer les actes administratifs afférents
à ces investissements
- étudie -pour les investissements concernés
par les secteurs précités, mais dont
le montant est égal ou supérieur à
200 millions de dh- les projets de contrats ou de
conventions à conclure avec l'Etat, en vue
de faire bénéficier l'investisseur
des avantages particuliers, et les transmet à
l'autorité gouvernementale compétente
pour approbation et signature par les parties contractantes.
Le wali, dans la limite de ses compétences,
prépare et exécute les autorisations,
actes et contrats nécessaires à la
réalisation de l'investissement, prévus
par la convention dont il est chargé de l'exécution
- propose des solutions amiables aux différends
entre les investisseurs et les administrations.
3.2.1. Les études sont menées
dans le respect des lois et règlements qui
régissent la matière, par les délégués
régionaux des départements ministériels
compétents qui rendent compte au wali de
l'exercice de leurs compétences.
3.2.2. Le Centre régional
d'investissements, placé sous l'autorité
du wali, qui constitue l'administration territoriale
interlocutrice privilégiée pour les
investisseurs, doit être géré
par un haut fonctionnaire dont le grade doit être
en relation avec le niveau de ses responsabilités.
C'est pourquoi nous avons décidé qu'il
serait nommé par Notre Majesté, choisi
pour ses compétences dans le domaine concerné,
ainsi que pour ses qualités humaines, et
doté du statut de directeur d'administration
centrale.
3.2.3. Ce directeur animera et
dirigera une commission régionale regroupant
les délégués régionaux
des administrations concernées par l'investissement
et les autorités locales compétentes.
Il sera assisté par un personnel doté
d'un statut particulier motivant.
3.2.4. Nous ordonnons, par ailleurs,
que les commissions nationales dont l'avis est requis
pour certaines opérations foncières,
soient transférées au niveau régional,
notamment la commission chargée de l'étude
de déclaration de vocation non agricole des
terrains et celle relative à la protection
des zones du littoral et zones sensibles, et placées
sous l'autorité du wali ou du gouverneur,
son délégataire.
3.2.5. Nous souhaitons, en outre,
que l'aménagement et la gestion des zones
industrielles, touristiques et d'habitat soient
confiées à des personnes privées
agréées par l'Etat, qui joueront à
l'égard de l'investisseur le rôle de
guichet unique pour la zone concernée.
3.3. Nous invitons notre gouvernement
à préparer une refonte des représentations
régionales des administrations centrales,
visant l'économie des structures et leur
rapprochement pour plus de synergie et de cohérence,
et à étudier un statut du personnel
territorial et veiller à ce qu'il soit motivant
et de nature à encourager les éléments
les plus brillants de notre administration à
faire le choix d'une carrière dans les régions
du Royaume et non seulement dans les administrations
centrales.
3.4. Afin de permettre au wali
d'apprécier les moyens dont il dispose pour
que l'ouverture du centre régional puisse
être suivie d'effets immédiats, cette
ouverture sera décidée par arrêt
conjoint des ministres de l'Intérieur, des
Finances, du Commerce et de l'Industrie, sur proposition
du wali de la région concernée.
3.5. Le wali de la région
est chargé de l'organisation et du fonctionnement
du centre, ainsi que de la création, de l'organisation
et du fonctionnement des guichets d'aide à
la création des entreprises dans les provinces,
préfectures ou communes de la région.
3.6. La mise en œuvre des mesures
que nous avons ordonnées exige que les walis
de région de Notre Majesté soient
dotés des prérogatives légales
et réglementaires nécessaires pour
prendre, aux lieu et place des membres du gouvernement
compétents, les actes administratifs nécessaires
à la réalisation des investissements.
3.6.1 Afin de permettre aux walis
de région de mettre en œuvre les procédures
nécessaires à la réalisation
des investissements dans les secteurs et pour le
montant visés au point 3.2. de la présente
lettre, les membres de notre gouvernement et les
hauts fonctionnaires de notre administration centrale
doivent investir les walis des régions, des
compétences nécessaires pour conclure
ou édicter, au nom de l'Etat, les actes suivants
:
- les contrats de vente ou de location concernant
les immeubles du domaine privé de l'Etat
- les actes d'autorisation d'occupation du domaine
public et du domaine forestier
- les autorisations d'installation ou d'exploitation
des activités industrielles, agro-industrielles
et minières
- les autorisations d'ouverture et d'exploitation
des établissements touristiques, le classement
et le contrôle desdits établissements,
la délivrance des diverses licences ou autorisations
particulières nécessaires à
l'exploitation de ces établissements.
3.6.2. D'autre part, afin d'assouplir
les procédures de contrôle des actes
des collectivités locales, notre ministre
de l'Intérieur déléguera aux
walis de région les pouvoirs de tutelle qu'il
exerce pour les actes suivants :
- les actes d'approbation des délibérations
des organes délibérants des collectivités
locales pour les marchés et les conventions
passés par les collectivités locales,
lorsque leur montant ne dépasse pas 10 millions
de dhs
- les actes d'approbation des décisions de
transfert de crédit d'une rubrique à
une autre, à l'intérieur du budget
des collectivités
- les actes d'approbation des délibérations
des organes délibérants des collectivités
locales, pour les actes d'acquisition et de cession
de terrains des collectivités locales.
3.6.3. En outre, nous habilitons
les walis à recevoir délégation
de pouvoirs des autorités gouvernementales
concernées pour prendre toutes décisions
nécessaires à la réalisation
des investissements dont les critères ne
répondent pas à ceux prévus
au point 3.2. de la présente Lettre Royale.
3.7. Tous les arrêtés
prévus aux alinéas précédents
sont visés par le Premier ministre et publiés
au Bulletin Officiel. Ils prennent effet à
l'égard de la région concernée
des publication au Bulletin Officiel de l'arrêté
conjoint décidant de l'ouverture du Centre
régional. Dans cette attente, les pouvoirs
délégués continuent d'être
exercés par les autorités gouvernementales
délégantes.
3.7.1. En tout état de cause, les arrêtés
de délégation de pouvoirs devront
être publiés au Bulletin officiel,
au plus tard dans un délai de 45 jours suivant
la date de publication au Bulletin officiel de la
présente lettre.
3.7.1.1. Les arrêtés
portant délégation de pouvoirs préciseront
les modalités dans lesquelles s'exercera
la délégation, en particulier le contenu
et la périodicité des rapports que
devront adresser les walis de région au Premier
ministre et aux ministres délégants.
3.8. Les décisions des walis, prises en application
de la présente Lettre Royale, peuvent faire
l'objet de recours gracieux ou hiérarchiques
devant la commission des investissements présidée
par le Premier ministre, ou devant les commissions
spécifiques instituées par des législations
ou des réglementations particulières.
3.9. Auprès des walis, la
responsabilité de nos gouverneurs dans l'application
de cette nouvelle politique reste entière,
et est appelée à se renforcer. Nous
souhaitons, à cet effet, que les gouverneurs
de Notre Majesté participent pleinement à
la mise en œuvre de cette politique de déconcentration
et préparent les structures nécessaires
à l'exercice, aux niveaux provincial et préfectoral,
des compétences qui s'exerceront, dans une
première phase, au niveau régional.
3.9.1. Notre ministre de l'Intérieur
précisera les matières dans lesquelles
les walis de région peuvent déléguer,
aux gouverneurs des provinces et préfectures,
partie des compétences dont ils sont investis
par la présente lettre, ainsi que les formes
et les conditions de cette délégation.
4. Nous avons la conviction que
les collectivités locales doivent devenir
un acteur majeur du processus de développement
économique et social durable du territoire
et qu'il convient, à cette fin, de les doter
des instruments juridiques et financiers nécessaires
pour leur permettre de remplir cette mission d'une
manière plus efficace. Nous invitons, à
cette fin, le parlement à procéder
à une lecture approfondie du projet de loi
relatif à la charte communale et, en parfaite
collaboration avec le gouvernement, à l'enrichir
par les dispositions de nature à donner aux
collectivités locales une responsabilité
réelle dans la conception et la réalisation
des programmes de développement économique
de la collectivité. Il conviendra, par ailleurs,
d'étudier une révision de la fiscalité
des collectivités locales afin de la simplifier
et de la rendre plus productive.
4.1. Toutefois, et afin que cet
ensemble demeure cohérent, il importe que
les responsables de ces collectivités exercent
leurs responsabilités dans le strict respect
de la loi et des règlements. En particulier,
il est nécessaire de rappeler que les présidents
des conseils communaux, sont tenus non seulement
d'exécuter les décisions des conseils,
mais également d'appliquer les lois qu'ils
exécutent en leur qualité d'autorité
administrative locale que nous investissons dans
leurs fonctions par dahir.
4.1.1. Aussi, nos gouverneurs doivent-ils
veiller à ce que les autorités locales
compétentes, agissant en qualité de
représentant de l'Etat, délivrent,
dans les délais prescrits par la loi ou la
réglementation en vigueur, les autorisations
nécessaires à la réalisation
des investissements, en particulier, les autorisations
de lotir, de construire et les permis d'habiter.
4.1.2. Lorsque les gouverneurs
relèvent des retards dans la délivrance
des autorisations, et lorsque ces retards sont imputables
aux autorités en cause, ils les mettent en
demeure de se conformer à la loi ou à
la réglementation en vigueur dans un délai
qu'ils fixent. Si le retard persiste, ils en informent
les walis de région et mettent en oeuvre
le pouvoir de substitution que leur reconnaît
la charte communale, et dont les modalités
d'application seront précisées par
la voie réglementaire sur proposition du
ministre de l'Intérieur de notre gouvernement.
4.1.3. De même, les walis
doivent attirer l'attention des gouverneurs des
provinces et préfectures concernés,
lorsqu'ils constatent que les autorités locales
refusent ou négligent de prendre les mesures
prévues par la loi ou les règlements
dans les délais prescrits. Ils enjoignent,
en tant que de besoin, aux gouverneurs, d'exercer
le pouvoir de substitution.
Notre Premier ministre, que Dieu te protège,
5. La réforme de certaines
procédures relatives à la constitution
des sociétés commerciales implique
la révision des textes législatifs
qui régissent la matière. Nous souhaitons
que notre gouvernement étudie rapidement
les projets de lois y afférents afin de permettre
au parlement de s'en saisir dans les meilleurs délais.
5.1. Il conviendra également
de poursuivre l'effort de modernisation de l'administration
de la justice, et de réviser les procédures
de règlement amiable des différends
entre les commerçants afin de leur permettre
de recourir plus souvent à l'arbitrage.
5.2. Dans le même ordre d'idées, il
y a lieu de procéder à une étude
approfondie sur les causes qui entravent le fonctionnement
des Chambres professionnelles, Institutions constitutionnelles,
dont le rôle de représentation des
forces économiques et sociales, ne doit pas
occulter la mission d'intermédiation professionnelle
et les services d'aide et d'assistance qu'elles
doivent à leurs membres.
Notre dévoué Premier ministre,
6. Ainsi que tu le sais, depuis
que l'Etat a mis en œuvre une politique de privatisation
qui renforce sa volonté de privilégier
le rôle du secteur privé dans le développement
économique et social, il s'est attaché
à mettre en place un cadre juridique qui
favorise l'investissement privé. Les mesures
prévues dans cette lettre viennent le conforter.
6.1. Il demeure toutefois évident que ces
mesures ne peuvent produire l'effet attendu que
si les mécanismes institutionnels du secteur
privé se mobilisent pour en faire pleinement
profiter les investisseurs.
6.2. Nous sommes convaincu que
les institutions privées, en particulier
celles responsables de la collecte de l'épargne
et de son allocation auprès des agents économiques,
sauront tirer tout le parti possible des réformes
entreprises, en accompagnant, comme il convient,
la créativité et les ambitions des
investisseurs, en particulier les jeunes entrepreneurs
et les petites et moyennes entreprises.
7. Nous sommes conscient que les
réformes que doivent mettre en œuvre notre
gouvernement, nos walis, nos gouverneurs et les
présidents des conseils communaux pour l'application
de la présente Lettre Royale, exigent vigilance
et détermination.
Aussi, estimons-nous nécessaire de prévoir
la constitution d'une commission chargée
de préparer les mesures de toute nature,
nécessaires à la mise en œuvre de
cette réforme et d'en suivre l'application.
8. Sous l'autorité de notre
Premier ministre, cette commission sera composée
des membres du gouvernement directement concernés
par les mesures à mettre en œuvre, et des
conseillers de Notre Majesté que nous désignerons
à cette fin.
9. Nous sommes convaincu que cette
commission nous informera périodiquement
du bon déroulement de ses travaux et de la
mise en œuvre rapide des réformes contenues
dans la présente Lettre.
10. Elle devra également
proposer à Notre Majesté l'extension
des compétences pouvant être déléguées
aux walis au fur et à mesure de la mise à
leur disposition des moyens nécessaires à
cette déconcentration et, sous la même
réserve, le transfert des compétences
des walis de région vers les gouverneurs
des provinces et préfectures.
11. Nous sommes convaincu, connaissant
ton attachement à l'application scrupuleuse
de nos hautes directives, que tu n'épargneras
aucun effort pour œuvrer, de concert avec les membres
du gouvernement de Notre Majesté, pour que
les nobles desseins exprimés dans cette lettre
soient concrétisés dans les meilleurs
délais.
En te renouvelant l'expression de notre bénédiction,
nous prions Dieu, le Tout-Puissant, de t'accorder
davantage de succès et de continuer à
te guider sur la bonne voie.
Que le salut et la bénédiction de
Dieu soient sur toi.
Fait au Palais Royal à Casablanca
le 24 chaoual 1422 (9 janvier 2002)